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PRO · 6 · MODULE 6

PARTIES PRENANTES ET CHANGEMENT

Parties prenantes et changement — illustration du module

Un projet techniquement réussi peut échouer humainement : parties prenantes ignorées, changement subi. Ce dossier couvre l'analyse des acteurs et l'accompagnement du changement — la part du projet qui ne se planifie pas dans un Gantt.

Les 2 notions du module

6.01 · Gestion de projet

Matrice parties prenantes et analyse des champs de force

2 outils complémentaires pour piloter le côté humain d'un projet. La matrice parties prenantes (Mendelow 1991) — déjà vue TM-18 — croise Pouvoir × Intérêt pour 4 stratégies de gestion. L'analyse des champs de force (Kurt Lewin, 1947) cartographie les forces motrices (poussant le changement) et les forces restrictives (le freinant). Insight contre-intuitif de Lewin : au lieu de renforcer les motrices (ce qui accroît la résistance), il est plus efficace de réduire les restrictives. Combinés, les deux outils donnent une lecture complète de l'écosystème humain du projet : qui ? quel pouvoir ? quel intérêt ? quelles forces poussent ? quelles forces freinent ? Outils-clés en conduite du changement (lien MAN-5.05).

Un projet n'échoue presque jamais pour des raisons techniques. Il échoue parce que des parties prenantes mal identifiées ou mal mobilisées s'opposent, ralentissent ou détournent la dynamique. Savez-vous qui, autour de votre projet, pourrait vous bloquer sans que vous le voyiez venir ?

Qu'est-ce qu'une partie prenante ?

Le terme stakeholder a été forgé en 1963 par le Stanford Research Institute. R. Edward Freeman le popularise en 1984 : « tout groupe ou individu qui peut affecter ou être affecté par la réalisation des objectifs d'une organisation ». Le PMBOK 7e édition (PMI, 2021) ajoute une nuance décisive : se percevoir comme affecté suffit à constituer une partie prenante, même sans impact réel. On distingue acteurs internes (sponsor, équipe, direction) et externes (client, fournisseurs, régulateurs, syndicats), directs, indirects et « cachés ».

La matrice Pouvoir / Intérêt de Mendelow

Proposée par Aubrey Mendelow en 1991, c'est l'outil canonique de cartographie, repris par le PMBOK et la norme ISO 21500. Elle croise deux dimensions — le pouvoir (capacité d'influence) et l'intérêt — pour classer les acteurs en quatre cases et différencier l'action : mobiliser étroitement les puissants intéressés, tenir informés, satisfaire, ou surveiller a minima.

La carte des partenaires de Fauvet

Développée par Jean-Christian Fauvet en 1983, elle croise synergie et antagonisme pour repérer alliés, opposants, hésitants et passifs. Elle affine la lecture des postures relationnelles là où Mendelow raisonne en pouvoir.

L'analyse des champs de force de Lewin

Kurt Lewin (1947) met en balance les forces motrices qui poussent au changement et les forces de résistance qui le freinent. Renforcer les premières ou lever les secondes oriente la stratégie d'engagement. Règle d'or : les oppositions les plus dangereuses viennent presque toujours d'acteurs non identifiés au cadrage.

L'essentiel à retenir

• Un projet n'échoue presque jamais pour des raisons techniques. Il échoue parce que des parties prenantes mal identifiées, mal écoutées ou mal mobilisées s'opposent, ralentissent ou détournent la dynamique. La gestion des parties prenantes est donc une compétence centrale du chef de projet, reconnue comme telle par le PMBOK (PMI, depuis 2013) et la norme ISO 21500. • Cette fiche présente les 3 outils canoniques qui se complètent : • • La matrice Pouvoir / Intérêt (Aubrey Mendelow, 1991) — cartographier les acteurs selon leur capacité d'influence et leur intérêt pour le projet. • • La carte des partenaires (Jean-Christian Fauvet, 1983) — identifier alliés, opposants, hésitants et passifs en croisant synergie et antagonisme. • • L'analyse des champs de force (Kurt Lewin, 1947) — mettre en balance les forces motrices et les forces de résistance qui s'exercent sur le changement projet. • Ces 3 outils alimentent la stratégie d'engagement : à chaque profil correspond une action différenciée (mobiliser, confirmer, convaincre, négocier, ignorer). Pour la conduite du changement à proprement parler, voir PRO-6.02 ADKAR & diamant de Leavitt.

La fiche 6.01 vous apprend à :
  • Définir une partie prenante au sens de Freeman et du PMBOK 7
  • Identifier les acteurs internes, externes et cachés via un brainstorming systématique
  • Cartographier les acteurs avec la matrice Pouvoir/Intérêt de Mendelow
  • Positionner alliés et opposants sur la carte des partenaires de Fauvet

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6.02 · Gestion de projet

Le modèle ADKAR et le diamant de Leavitt

Deux modèles complémentaires de conduite du changement. ADKAR (Jeff Hiatt, Prosci, 2003, *ADKAR: A Model for Change in Business, Government and Our Community*) modélise le changement individuel en 5 étapes séquentielles : Awareness, Desire, Knowledge, Ability, Reinforcement. Chaque étape est un prérequis du suivant. Si une étape n'est pas complétée, l'individu reste bloqué — sans Awareness pas de Desire, etc. Le diamant de Leavitt (Harold Leavitt, 1965) modélise le changement organisationnel comme l'interaction de 4 dimensions : Tâches, Structure, Personnes, Technologie. Toute modification d'une dimension impacte les 3 autres. Combinés : ADKAR opérationnalise le changement individuel ; Leavitt cadre la cohérence systémique.

Deux questions décident du sort d'un changement : « qu'est-ce qu'il faut changer dans l'organisation ? » et « comment chaque personne va-t-elle vivre ce changement ? ». Ignorer la seconde, c'est pourquoi tant de transformations parfaitement planifiées échouent.

De Lewin à Kotter : le niveau organisationnel

Kurt Lewin (1947) pose la matrice de tous les modèles avec 3 phases : Unfreeze (décristalliser, créer l'urgence), Change (transition et apprentissage, la phase la plus longue et risquée), Refreeze (recristalliser, ancrer la nouvelle norme). John Kotter prolonge Lewin en 1996 avec ses 8 étapes (Leading Change) : créer l'urgence, bâtir une coalition, formuler et communiquer une vision, lever les obstacles, générer des victoires rapides, consolider, ancrer dans la culture. Mais ces modèles restent au niveau macro.

Le diamant de Leavitt : le système socio-technique

Harold Leavitt (1965) modélise toute organisation comme un système de 4 éléments interconnectés : Tâches, Structure, Acteurs, Technologie. Modifier l'un impacte mécaniquement les trois autres. Déployer un nouvel outil (Technologie) sans revoir les tâches, l'organisation et l'accompagnement des personnes crée du déséquilibre.

ADKAR : le parcours individuel du changement

Jeff Hiatt, fondateur de Prosci, part d'un constat : Lewin et Kotter décrivent l'organisation, mais c'est l'individu qui change. Formalisé en 2006 à partir de plus de 700 projets, ADKAR décrit 5 étapes successives :

  • Awareness — pourquoi devons-nous changer ? (communiquer les enjeux)
  • Desire — qu'est-ce que j'y gagne ? (donner du sens, écouter les craintes)
  • Knowledge — que dois-je savoir ? (formations, démos)
  • Ability — capacité réelle à faire
  • Reinforcement — ancrer pour éviter le retour en arrière

Selon une étude Prosci (2018, 2 700 organisations), les projets appliquant ADKAR ont 6 fois plus de chances d'atteindre leurs objectifs.

L'essentiel à retenir

• La conduite du changement projet repose sur deux questions complémentaires : « qu'est-ce qu'il faut changer dans l'organisation ? » (niveau systémique) et « comment chaque individu va-t-il vivre ce changement ? » (niveau personnel). Deux modèles de référence répondent à ces deux questions : • • Le diamant de Leavitt (Harold J. Leavitt, 1965) — toute organisation est un système socio-technique composé de 4 éléments interconnectés : Tâches, Structure, Acteurs, Technologie. Modifier l'un impacte les 3 autres. • • Le modèle ADKAR (Jeff Hiatt, Prosci, 1996/2003) — chaque individu traverse 5 étapes successives pour adopter un changement : Awareness (conscience), Desire (désir), Knowledge (connaissance), Ability (capacité), Reinforcement (renforcement). • Ces modèles complètent les outils de cartographie de PRO-6.01 (Mendelow, Fauvet, Lewin) en passant de l'identification des acteurs à l'accompagnement effectif du changement. Selon une étude Prosci (2018, 2 700 organisations), les projets de transformation appliquant ADKAR ont 6 fois plus de chances d'atteindre leurs objectifs que ceux qui n'ont pas de méthode formelle de change management.

La fiche 6.02 vous apprend à :
  • Distinguer le niveau systémique et le niveau individuel du changement
  • Dérouler les 3 phases de Lewin : Unfreeze, Change, Refreeze
  • Situer les 8 étapes de Kotter par rapport au modèle de Lewin
  • Analyser un projet avec les 4 composantes du diamant de Leavitt

Pour aller au bout de la notion : la fiche 6.02 en détail · la fiche complète sur la boutique — 4,99 €

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